lundi, 17/12/2018 | 10:03 EST
You are here:  / Nouvelles / Plus 2500 délinquants sexuels dans les prisons fédérales

Plus 2500 délinquants sexuels dans les prisons fédérales

Une enquête de Bleu FM démontre que plus de 2500 délinquants sexuels se trouvent présentement en milieu carcéral fédéral. Et ceux qui suivent un programme de réhabilitation, menant à une réduction de peine, sont payés pour le suivre. Voici le premier de deux reportages.

Nous avons commencé notre recherche en mai dernier. Entrevues, communications par courriel et des centaines de pages plus tard, nous avons appris qu’à la fin de l’exercice 2017-2018, il y avait 2 547 délinquants sous la responsabilité du Service correctionnel du Canada en détention ayant la présence d’au moins un délit sexuel sur leur peine actuelle. Les délinquants en détention comprennent tous les délinquants actifs incarcérés dans un établissement du SCC, les délinquants qui ont obtenu une permission de sortir d’un établissement, les délinquants en détention temporaire, et les délinquants en détention provisoire.

Des programmes de réhabilitation

Les détenus ont aussi accès à des programmes de réhabilitation en milieu carcéral, et ce, sur une base volontaire. Il en existe trois: un à niveau élevé, soit 104 séances de groupes et individuelles, à raison de deux heures par séances. Un à niveau modéré équivalent à 54 séances et un autre destiné aux autochtones. Le détenu est également payé pour y participer, rappelle le porte-parole en la matière pour le Service correctionnel du Canada, Alexandre D’Amour.

 

Et contrairement au milieu carcéral provincial (deux ans moins un jour), les délinquants sexuels en milieu carcéral fédéral ne sont pas victimes de violence par d’autres détenus parce qu’ils sont placés dans des lieux qui leur sont réservés, fait valoir M. D’Amour

 

Un rapport de recherche du SCC, produit en 2016, que nous avons consulté, démontre qu’en février 2014, le profil des délinquants sexuels montrait que 67 % avaient plus de 40 ans et 25 % étaient d’ascendance autochtone. On a également constaté que les délinquants avaient de lourds casiers judiciaires : 71 % avaient fait l’objet d’une condamnation antérieure comme adulte, et 26 % s’étaient déjà vu imposer une peine de ressort fédéral. Toujours, selon la documentation fédérale, la plupart présentaient des niveaux de risque et de besoins de moyens à modérés, selon les antécédents criminels, ainsi que de multiples besoins liés aux facteurs criminogènes. Plus de 47 % avaient des problèmes de toxicomanie. À cet égard, des taux élevés de graves problèmes de toxicomanie étaient particulièrement marqués chez les délinquants sexuels d’ascendance autochtone. En outre, plus de la moitié de la population de délinquants sexuels avait des antécédents d’emploi instable, et seulement 28 % des délinquants possédaient un diplôme d’études secondaires.

Profil des victimes et récidive

En ce qui a trait au profil des victimes, 81 % des délinquants sous responsabilité fédérale comptaient une victime de sexe féminin, et 19 %, de sexe masculin. Comparativement à leurs homologues non autochtones, les délinquants sexuels autochtones comptaient davantage de victimes adultes de sexe féminin et moins de victimes qui sont des enfants de sexe masculin. Quant au taux de récidive suivant une participation à un programme de réhabilitation, le SCC nous a indiqué que des méta-analyses démontreraient que le taux de récidive serait de 13,7%, ce qui est confirmé dans un rapport d’experts, datant de 2004, que nous avons aussi obtenu. Dans notre prochain reportage, un groupe de défense de femmes violentées commente notre enquête.

Un reportage de notre journaliste Thierry Haroun

(Photo courtoisie – Centre de détention fédérale de Port-Cartier)