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Enquête | BLEU FM DÉVOILE L’ÉCHANGE PAR LETTRE ENTRE EUROVIA ET ROCHER-PERCÉ DANS LE DOSSIER DE L’ASPHALTE

À Grande-Rivière le MTQ avait confirmé à Bleu FM que seulement 450 mètres ont été asphaltés au coût de 514 000$ suivant un second appel d’offres, soit plus de 1000$ par mètre asphalté sur le Chemin des Bois (Crédit photo : Thierry Haroun Bleu FM)
2 novembre 2026
Un reportage de Thierry Haroun

Le dossier que le service des nouvelles de Bleu FM a entamé en août dernier portant sur un projet d’asphaltage à Grande-Rivière, lequel a suscité des questionnements au sein du conseil des maires de la MRC du Rocher-Percé quant aux coûts prohibitifs de tels projets sur son territoire, se poursuit alors que nous avons mis la main sur l’échange par lettres, obtenu via la Loi d’accès sur l’information, entre la MRC du Rocher-Percé et l’entreprise Eurovia, spécialisée en travaux de pavage, portant nommément sur le site de production d’asphalte de Chandler appartenant à cette même entreprise. Explications.

Pour l’essentiel, la MRC s’est enquise auprès d’Eurovia pour connaître les raisons relatives à la fermeture ou à la cessation des activités de ce site, laquelle « situation soulèverait plusieurs préoccupations pour les municipalités » du territoire, selon la MRC. L’entreprise répond que la cessation actuelle des activités est de nature temporaire et résulte principalement d’une baisse importante de la demande en enrobés bitumineux observée dans le secteur de la MRC du Rocher-Percé au cours des dernières années

Mise en contexte

Mise en contexte dans un premier temps. Ainsi en août dernier, dans le cadre d’une série de deux reportages, nous indiquions que la raison pour laquelle Transports Québec n’avait pas asphalté 1,3 km du Chemin des Bois à Grande-Rivière, comme prévu dans son programme 2026, s’expliquait par des coûts beaucoup plus élevés qu’estimés au départ par ce ministère au titre du prix proposé par le seul soumissionnaire. De ce fait, seulement 450 mètres ont été asphaltés au coût de 514 000$ suivant un second appel d’offres, soit plus de 1000$ par mètre asphalté. Une situation que le maire Gino Cyr, avait déplorée sur nos ondes.

Or, quelques jours plus tard, à la séance du conseil des maires du 2 septembre, Bleu FM a questionné le préfet de Rocher-Percé d’alors, Samuel Parisé, qui a récemment démissionné de son poste, sur cette situation. Il avait alors pris acte du problème en s’engageant à faire un suivi avec Eurovia. Dans cette même séance, le maire de Grande-Rivière, Gino Cyr, avait soulevé le fait que le site de production d’asphalte de Chandler d’Eurovia était inopérant, ce qui ne serait pas sans conséquences sur les coûts des travaux, avait-il laissé entendre.

Ainsi, la préfecture a tenu promesse et a effectivement fait un suivi avec Eurovia par lettre datée du 21 septembre dernier que nous avons obtenue, et qui a pour objet : « Demande d’information concernant la situation du site de production d’asphalte d’Eurovia à Chandler et ses impacts pour les municipalités de la MRC du Rocher-Percé »

La teneur de la lettre de la MRC du Rocher-Percé

« À titre de préfet de la MRC du Rocher-Percé, je souhaite obtenir des précisions concernant des informations qui circulent actuellement relativement à la fermeture ou à la cessation des activités du site de production d’asphalte d’Eurovia situé dans le secteur de Chandler », lit-on dans la lettre.

« Cette situation soulève plusieurs préoccupations pour les municipalités de notre territoire, particulièrement dans un contexte où les coûts liés à la réfection et à l’entretien de nos infrastructures routières représentent déjà une pression importante sur les budgets municipaux et, ultimement, sur les contribuables. Nous souhaiterions donc savoir si le site de production d’asphalte de Chandler est effectivement fermé, de façon temporaire ou définitivement. Le cas échéant, connaître les raisons de cette fermeture ainsi que les mesures envisagées par Eurovia pour assurer la poursuite de ses activités dans notre secteur », soulève également la préfecture.

Quels sont les impacts anticipés ?

Concrètement, la MRC souhaite par cette lettre « connaître les impacts anticipés » de cette situation sur les éléments suivants :

• La disponibilité de l’asphalte pour les projets municipaux dans la MRC du Rocher- Percé;
• Les coûts de transport et, conséquemment, les coûts globaux des travaux de pavage et de réfection routière;
• Les prix qui pourraient être soumis aux municipalités pour les prochains projets;
• Les délais de réalisation des travaux, notamment en raison de l’approvisionnement provenant d’un site situé à l’extérieur de Chandler
• La capacité d’Eurovia à répondre aux besoins des municipalités de notre territoire.

« Nous sommes particulièrement préoccupés par la possibilité que l’éloignement d’une éventuelle nouvelle source d’approvisionnement entraîne une hausse importante des coûts ou des délais de réalisation. Dans notre région, où les distances sont considérables et où les municipalités doivent composer avec des infrastructures routières importantes à entretenir, une telle situation pourrait entraîner des répercussions concrètes sur la planification et la réalisation de travaux essentiels. »

À la recherche de renseignements clairs

Enfin, il y est dit que « nous aimerions également savoir si Eurovia prévoit maintenir une capacité de production ou d’approvisionnement dans le secteur de Chandler ou, dans le cas contraire, quelles solutions sont envisagées afin de limiter les impacts sur les municipalités et les citoyens de la MRC du Rocher-Percé. Notre objectif est d’obtenir des renseignements clairs et factuels afin que les municipalités puissent planifier adéquatement leurs investissements, leurs appels d’offres et leurs travaux à venir », conclut la MRC.

La réponse d’Eurovia

Trois jours plus tard, Eurovia répondait par lettre, que nous avons aussi obtenue, et dont la teneur est la suivante :

« Tout d’abord, nous tenons à préciser que le site de production d’asphalte de Chandler n’est pas fermé de façon définitive. La cessation actuelle des activités est de nature temporaire et résulte principalement d’une baisse importante de la demande en enrobés bitumineux observée dans le secteur de la MRC du Rocher-Percé au cours des dernières années », lit-on.

60 000 tonnes

« L’exploitation d’une usine d’asphalte nécessite un volume minimal de production pour en assurer la rentabilité. De façon générale, une centrale d’enrobage doit produire environ 60 000 tonnes d’enrobé par année afin de couvrir ses coûts d’exploitation et de maintien. Historiquement, lorsque ce seuil n’était pas atteint, certains mécanismes de compensation permettaient d’atténuer les impacts financiers pour les entreprises exploitantes. Ces mécanismes n’existent toutefois plus aujourd’hui, ce qui rend le maintien d’installations sous-utilisées particulièrement difficile », poursuit Eurovia.

Rocher-Percé demeure un marché important

Par ailleurs, l’entreprise tient à dire que « cette décision ne remet cependant pas en question notre volonté de desservir le territoire. Lorsque les volumes de travaux et la demande du marché permettront à nouveau une exploitation viable de l’usine, nous serons présents pour répondre aux besoins de la région. La MRC du Rocher-Percé demeure un marché important pour notre organisation et nous continuons d’y suivre l’évolution des besoins avec attention. Entre-temps, Eurovia conserve la capacité de répondre aux projets municipaux et aux besoins de ses clients par l’entremise de ses autres installations de production. Comme pour tout projet, les impacts potentiels sur les coûts et la logistique dépendront des volumes, des échéanciers et des conditions du marché au moment de la réalisation des travaux. Notre objectif demeure d’offrir des solutions compétitives et adaptées aux réalités des municipalités de la région. »

Eurovia prend acte des préoccupations des municipalités

Enfin, Eurovia dit comprendre « les préoccupations exprimées par les municipalités concernant les coûts, les délais et l’approvisionnement en matériaux ».

Enquête du Devoir en 2011

Pour rappel, la question des coûts prohibitifs des travaux d’asphaltage en Gaspésie n’est pas nouvelle. Voilà 15 ans que le journal Le Devoir produisait une série de deux reportages sur cet enjeu, soit un premier texte intitulé « Un monopole de l’asphalte en Gaspésie » (29 septembre 2011) et un autre intitulé « Monopole de l’asphalte en Gaspésie – Le MTQ confirme le manque de concurrence » (14 octobre 2011).

Écouter le reportage complet :

GRANDE-RIVIÈRE : LE MTQ REFUSE DE PAYER 1,3M$ POUR ASPHALTER 1,3 KM CAR TROP CHER

Thierry Haroun

Thierry Haroun

Journaliste au service des nouvelles de Bleu FM depuis plusieurs années, Thierry Haroun couvre l’actualité locale, régionale et nationale.

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