La Ville de Chandler demande à la MRC du Rocher-Percé de revoir sa décision et d’appuyer la démarche de la municipalité auprès de Québec afin d’imposer un moratoire sur les coupes forestières sur les bassins versants de la rivière à saumon Petit-Pabos, et ce, à la lumière de nombreuses et toutes récentes lettres d’appui d’organismes locaux, régionaux et nationaux, obtenues par la salle des nouvelles de Bleu FM.
Rappelons d’abord qu’en février dernier la MRC du Rocher-Percé avait opposé une fin de non-recevoir à la demande d’appui de Chandler dans sa démarche envers Québec, entamée par voie de résolution en octobre 2024, visant à décréter un moratoire sur les coupes forestières dans les secteurs des bassins versants entourant la rivière Petit-Pabos.
Une décision qui avait grandement déçue le maire Gilles Daraîche, tel que le rapportait Bleu FM le 17 février dernier ( Moratoire coupes forestières : la MRC dit non à Chandler ) révélant par la même occasion une photo aérienne des coupes forestières sur les bassins versants de la rivière Petit-Pabos tout comme dans un reportage du lendemain ( Des citoyens questionnent la MRC du Rocher-Percé ). Des photos qui ont suscité un certain mécontentement chez plusieurs.
La MRC se voulait rassurante
L’enjeu était devenu tel, que la MRC du Rocher-Percé avait tenu à faire le point sur la situation dans un communiqué datée du 5 mars suivant (comme le rapportait la salle des nouvelles de Bleu FM sous le titre Moratoire sur les coupes forestières : La MRC fait le point sur la situation), lequel communiqué se voulait rassurant faisant valoir entre autres que « le secteur est déjà visé par pas moins de 420 mètres de protection en moyenne autour de la rivière Petit-Pabos et que 30 % du territoire n’a jamais subi d’activités de coupes forestières. Nous sommes favorables à l’établissement d’aires protégées et à des restrictions quant aux coupes forestières. Mais nous sommes aussi favorables à l’accessibilité du territoire – à l’arrière-pays – qui permet à nos concitoyens de se déplacer en motoneige et d’aller travailler ou à nos voisins de venir pêcher et chasser tout en contribuant à notre économie locale. Le but est de trouver l’équilibre entre tout ça et de dialoguer pour y arriver », lisait-on entre autres dans le communiqué de la MRC.
De nouveaux appuis à Chandler
Maintenant, ce dossier continue à faire couler de l’encre du seul fait que depuis la décision de la MRC de ne pas appuyer Chandler, plusieurs organismes reconnus ici comme à l’échelle de la province ont, par lettre, tenu à appuyer la demande de la Ville de Chandler dans sa démarche auprès de Québec.
Des lettres, dont Bleu FM a pu consulter, qui ont été produites par la Corporation du Bourg de Pabos, l’Action boréale, la Société pour la nature et les parcs section Québec, l’École de permaculture et d’agriculture innovante de Val-d’Espoir, la Fédération québécoise pour le saumon atlantique, la Fédération québécoise des gestionnaires de zecs, et l’Association des pêcheurs sportifs de la Bonaventure.
Il y a aussi Solidarité Gaspésie qui, le 14 avril dernier, indiquait que « des citoyens de Chandler, familiers des lieux, ont été surpris de constater l’ampleur des coupes forestières qui se poursuivent sur ce territoire depuis quelques mois. Des photographies aériennes ont permis de confirmer ces observations. De lourdes conséquences peuvent découler de ces coupes. »
Qui plus est, la Fondation Rivières, notait dans sa lettre du 6 mai dernier que « ces coupes ont effectivement défiguré le caractère naturel d’une bonne partie de la rivière Petit-Pabos et vont certainement nuire à la valeur du projet d’aire protégée, actuellement toujours à l’étude. Cette situation est tout simplement inacceptable et devrait cesser immédiatement. »
Chandler commente
À la lumière de ces nouveaux appuis, le conseiller municipal de Chandler, responsable de ce dossier, Pierre-Luc Arsenault, demande à la MRC de revoir sa décision et d’appuyer Chandler dans sa démarche auprès de Québec d’imposer un moratoire aux coupes forestières sur les bassins versants de la rivière Petit-Pabos.
Plus largement, c’est une question de cohésion et de leadership des acteurs intéressés, selon lui.
Écouter le reportage complet :
Lettres d’appui
Ci-dessous, il est reproduit des extraits en italique des lettres d’appui, dont la salle des nouvelles de Bleu FM a obtenues copie, à la Ville de Chandler dans le cadre de sa démarche auprès de la MRC du Rocher-Percé et des autorités gouvernementales afin d’obtenir un moratoire sur les coupes forestières sur les bassins versants de la rivière à saumon Petit-Pabos :
Corporation du Bourg de Pabos , 27 mars 2025
Il est proposé (…) et résolu d’appuyer la résolution de la Ville de Chandler pour le moratoire sur la coupe de bois dans la ZEC de Pabok.
Action boréale, 1er avril 2025
Au nom de notre conseil d’administration, il me fait plaisir de vous informer que l’Action boréale appuie votre demande visant à suspendre toutes les opérations forestières de la part du MRNF dans le territoire de la Rivière Petit-Pabos et de son bassin versant, déposé par la ZEC Pabok dans le cadre de l’appel de candidature de projets d’aires protégées du ministère de l’Environnement du Québec à l’automne 2024. Et ce, jusqu’en 2027, après que les experts du ministère auront fait l’étude et l’évaluation des projets soumis.
L’Action boréale trouve pour le moins illogique et paradoxal que, d’une part, le gouvernement du Québec demande l’aide du public pour l’aider à atteindre son objectif de protéger 30% du territoire d’ici 2030 et que, d’autre part, il permette aux industriels forestiers de poursuivre leurs opérations comme si de rien n’était.
Société pour la nature et les parcs du Canada ( section Québec ), 9 avril 2025
Appui à la demande de moratoire concernant les coupes forestières prévu dans la proposition d’air protégé de la rivière Petit Pabos
La démarche de protection de la rivière Petit Pabos résonne particulièrement dans un contexte où les rivières à saumon de la péninsule gaspésienne en connu une baisse marquée des montaisons du saumon atlantique à l’été 2024. La santé des rivières à saumon inquiète les sociétés de gestion, qui ont observé une baisse de leurs clientèles, de même que les municipalités qui bénéficie de l’attractivité de ces rivières.
C’est pour cette raison que la démarche de protection de la rivière Petit Pabos bénéficie d’une forte mobilisation locale dont l’appui de la ville de Chandler. Ce consensus local traduit un attachement de la population à ces milieux naturels et témoigne d’une volonté d’harmonisation des activités pratiquées sur le territoire public gaspésien.
Solidarité Gaspésie, 14 avril 2025
Appui à la résolution visant à suspendre les coupes forestières dans le bassin versant de la rivière Petit Pabos
Des citoyens de Chandler, familiers des lieux, ont été surpris de constater l’ampleur des coupes forestières qui se poursuivent sur ce territoire depuis quelques mois. Des photographies aériennes ont permis de confirmer ces observations. De lourdes conséquences peuvent découler de ces coupes.
École de permaculture et d’agriculture innovante de Val-d’Espoir, 22 avril 2025
Je vous écris (…) pour appuyer formellement la demande de moratoire sur les coupes forestières dans le secteur de la rivière Petit-Pabos, telle que publiée par la Ville de Chandler dans sa résolution du 16 octobre 2024.
Les inquiétudes soulevées par la Ville de Chandler sont bien fondées. L’absence d’études sérieuses sur les impacts environnementaux, la proximité immédiate d’une rivière à saumon reconnue, la présence d’espèces menacées et la fragilisation d’un corridor écologique majeur devraient suffire à justifier une pause immédiate dans les activités forestières, le temps d’évaluer correctement les enjeux. D’autant plus qu’un projet d’aire protégée est en cours d’analyse pour ce même territoire.
Fédération québécoise pour le saumon atlantique, 22 avril 2025
Lettre d’appui au projet d’aire protégée de la zec Pabok et au moratoire sur les coupes forestières dans le bassin versant de la rivière Petit-Pabos.
La situation sur la rivière Petit-Pabos est extrêmement préoccupante étant donné la présence d’aires d’intensification de la production ligneuse (AIPL), qui recouvrent presque entièrement son bassin versant. De surcroît, une grande proportion de ces AIPL sont situées sur des plateaux en altitude, accentuant leur potentiel d’érosion.
Fédération québécoise des gestionnaires de zecs, 23 avril 2025
Lettre d’appui au projet d’aire protégée de la zec Pabok et au moratoire sur les coupes forestières dans le bassin versant de la rivière Petit-Pabos.
Les risques associés aux coupes forestières dans les zones d’aires d’intensification de la production ligneuse (AIPL), notamment en terrain élevé, sont bien documentés : érosion, sédimentation des cours d’eau, assèchement des milieux humides et altération des régimes hydriques. Ces pressions peuvent gravement compromettre la qualité de l’eau et des frayères essentielles à des espèces emblématiques comme le saumon atlantique et l’omble de fontaine.
Protéger ce bassin versant, c’est aussi reconnaître son importance pour le récréotourisme durable et pour la population locale, qui bénéficie d’un accès unique à un patrimoine naturel de grande valeur. La FQGZ salue l’initiative de la Ville de Chandler et des gestionnaires de territoire concernés et se tient disponible pour appuyer leurs démarches auprès des instances gouvernementales.
Association des pêcheurs sportifs de la Bonaventure, 23 avril 2025
Résolution #2025-04-302
Que le Conseil demande au ministère des Ressources naturelles et des Forêts ainsi qu’au ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs qu’un moratoire concernant les coupes forestières sur le territoire de la rivière petit-Pabos soit appliqué sur le champ.
Que la Ville de Chandler demande l’appui de la MRC du Rocher-Percé dans le présent dossier.
Fondation Rivières, 6 mai 2025
Appui à la demande de moratoire pour les coupes forestières sur la rivière Petit-Pabos
Ces coupes ont effectivement défiguré le caractère naturel d’une bonne partie de la rivière Petit-Pabos et vont certainement nuire à la valeur du projet d’aire protégée, actuellement toujours à l’étude. Cette situation est tout simplement inacceptable et devrait cesser immédiatement.







