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Exploitation sexuelle en Gaspésie : LE SERVICE DE LA LUTTE CONTRE LE PROXÉNÉTISME INTERPELLÉ PAR L’ENQUÊTE DE BLEU FM

Crédit photo : EILP
14 septembre 2026
Une enquête de Thierry Haroun

Le Service de la lutte contre le proxénétisme, qui englobe l’Escouade intégrée de lutte contre le proxénétisme, a accepté de commenter la série de reportages du service des nouvelles de Bleu FM, débutée en mars dernier, sur l’exploitation sexuelle qui a cours en Gaspésie et dans l’Est-du-Québec. Sa responsable, la Capitaine Annie Bergeron, s’est dite « touchée » par notre enquête.

Ainsi, dans le cadre de cette série de deux reportages avec Capitaine Bergeron, nous abordons des éléments clés de l’exploitation sexuelle, comme la formation des corps de police, l’importance de bien accompagner les victimes, le mode opératoire du recrutement des jeunes femmes et des jeunes hommes, leur déplacement de ville en ville par les proxénètes, entre autres.

Maintenant, s’il est une chose que Capitaine Bergeron a tenu à dire aux victimes qui sont prises en tenaille par le monde du proxénétisme, c’est ceci : « On a à cœur leur bien-être. On les croit. On est là pour [elles] ». Voici donc le premier de deux reportages avec Capitaine Bergeron.

Mise en contexte et rappel de notre enquête

Tout a commencé avec un entretien sur cet enjeu avec le Calacs La Bôme Gaspésie le 17 mars dernier alors que sa directrice du temps, Mme Annick Bouchard Beaulieu, avançait que des gens de Montréal venaient recruter des Gaspésiennes à des fins d’exploitation sexuelle ou de traite de la personne. Voici ce qu’elle avait dit.

Par la suite, le service des nouvelles de Bleu FM a fait un appel à témoignages lequel appel a été entendu par une victime qui a accepté de se confier à nous sur plusieurs jours. Nous avons préservé son anonymat.

Le récit de cette jeune gaspésienne était combien glaçantlequel a pris la forme d’un chemin de croix au cours des dernières années; violée au GHB, idées noires, menacée de mort, détresse; autant de mots exprimés par cette jeune femme qui résonnaient comme un cri sourd de douleurs intérieurs difficilement traduisibles ici tellement son témoignage cogne.

Le recrutement

Selon elle, il y a différents modes opératoires dans notre région par l’entremise, par exemple, de certaines maisons des jeunes ou encore dans des cours d’école de polyvalente. Dans ce dernier cas, ça concerne la drogue, nommément dans Rocher-Percé. Il y a aussi le recrutement en ligne, dit-elle (ce qui corroborait avec ce qu’affirmait le Calacs La Bôme sur nos ondes le 17 mars dernier). Selon elle, les recruteurs offriraient « jusqu’à 3000 $ » aux victimes potentiels pour rentrer dans le réseau.

Cela dit, les jeunes filles de 15, 16 et 17 ans sont recrutées en vue de la « prostitution ». Toujours selon elle, les jeunes garçons, eux, âgés de 14,15 ou 16 ans sont recrutés pour « vendre de la drogue ».

Il y a aussi des maisons qui auraient été louées dans le secteur de Gaspé Nord dans lesquelles auraient été filmées à leur insu des victimes potentielles (des jeunes femmes, entre autres) pour ensuite faire du chantage en vue de les recruter dans le réseau de traite, fit-elle savoir. Elle a précisé aussi au cours de notre entretien que les recruteurs sont basés ici, lesquels recrutent au profit des réseaux des grands centres, dont la région de Laval en particulier.

Cette femme courageuse, suivie un psychiatre depuis des années, avait aussi été très critique envers le corps policier, ici en Gaspésie, déplorant ne pas avoir été crue estimant aussi avoir été laissée à elle-même par le système.

Des organismes avaient réagi

Suivant ce témoignage, publié le 7 avril dernier, des organismes experts ont corroboré certains aspects de son récit sur nos ondes, que ce soit l’organisme appelé La Concertation des luttes contre l’exploitationsexuelle ou encore La Sortie.

Ce dernier organisme nous avait d’ailleurs fait part être venue chercher une Gaspésienne victime, ici dans notre région, du réseau d’exploitation sexuelle afin de la loger et l’accompagner.

Dans l’Est-du-Québec, trois autres femmes du Bas-St-Laurent ont aussi été accompagnées par cet organisme. La Sortie nous avait aussi appris que les réseaux de proxénètes qui recrutent ici comme ailleurs déplacent les femmes d’une région à l’autre afin de les exploiter d’Alma à Sherbrooke en passant par Rimouski voire Toronto et l’Ouest canadien dans des immeubles parfois entièrement loués pour des actes sexuels, parfois chez le proxénète même, dans des salles de massage ou encore à l’étage d’un bar à danseuses.

Notre entretien avec Capitaine Annie Bergeron

Nous y sommes. Capitaine Annie Bergeron a accepté de nous accorder un entretien après avoir pris connaissance de notre enquête citée, en partie, plus haut.

Il faut d’abord savoir que l’Escouade intégrée de lutte contre le proxénétisme est une structure d’enquête unifiée au sein de laquelle les organisations policières travaillent de façon concertée afin de lutter efficacement contre le proxénétisme, la traite de personnes à des fins d’exploitation sexuelle et la prostitution juvénile et ce, de l’échelle régionale à internationale.

L’EILP est formée de membres du Service de police de la Ville de Montréal, du Service de police de la Ville de Québec, du Service de police de Laval, du Service de police de l’agglomération de Longueuil, du Service de police de la Ville de Gatineau, de la Gendarmerie Royale du Canada et de la Sûreté du Québec.

Hors des grands centres

Cela étant dit, refusant de commenter le cas précis du témoignage de la jeune Gaspésienne qui s’est confiée à nous sur l’ensemble de nos questions, du fait qu’elle n’en connaît pas tous les tenants et aboutissants, Mme Bergeron indique toutefois retenir largement que cet enjeu se passe hors des grands centres.

Capitaine Bergeron admet par ailleurs avoir été « touchée » par le travail d’enquête fait par le service des nouvelles de Bleu FM. On peut l’entendre.

Le fait que la victime ait déploré ne pas voir été crue par la police lors de sa déposition de plainte, Capitaine Bergeron, avait ceci à dire.

Quand la victime dit avoir le sentiment d’avoir été laissée à elle-même par le système, cela est une préoccupation reconnue, admet Annie Bergeron.

Quant aux modes opératoires de recrutement du monde proxénète, la capitaine corrobore certaines choses que nous avons dévoilées.

Qui plus est, le déplacement des victimes de ville en ville est un fait, avance Annie Bergeron.

Rappel important

Il est à rappeler que toute personne qui se sent en détresse peut joindre le Centre de prévention du suicide au 1-866-APPELLE. Par ailleurs, il y a aussi info-aide violence sexuelle en cas d’urgence au 1-888-933-9007.

Voici le condensé de ce reportage

 

EXPLOITATION SEXUELLE : UNE GASPÉSIENNE VIOLÉE TÉMOIGNE À BLEU FM

Thierry Haroun

Thierry Haroun

Journaliste au service des nouvelles de Bleu FM depuis plusieurs années, Thierry Haroun couvre l’actualité locale, régionale et nationale.

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